EDITORIAL

La vie, pleine et abondante, émerge de la rencontre de deux chemins : celui de la matière, horizontal ; celui de l’Esprit, vertical. Géométriquement, une croix à quatre branches égales. Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire, est que le monde est englué dans les mille recoins du chemin de la matière. Comment faire en sorte que la dimension spirituelle vienne régénérer la vie de l’humanité sur notre planète ?

Pour bien comprendre les difficultés rencontrées, il faut se remémorer le destin de l’âme humaine lorsqu’elle descend en incarnation ; ce destin est, à l’échelle individuelle, le même que celui de l’Humanité prise comme un tout. C’est l’illustration de la parabole de l’Enfant Prodigue dans la Bible (Luc, 15-32). Un Père avait deux fils. L’un était parti dans les contrées lointaines chercher la satisfaction de tous ses désirs. Un jour, lassé de tous les plaisirs, il décide de revenir dans la maison du Père. Au fils resté près de lui, ce dernier dit : « Ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ».

Dans son cheminement, l’âme humaine traverse une double crise. L’une conduit à l’incarnation physique, l’autre à la libération de cette condition. Regardons les choses de plus près. L’incarnation physique est pour l’âme une véritable mort. Elle renonce aux plans spirituels pour venir au contact des matières (physique, émotionnelle, intellectuelle) qui lui servent de véhicule d’expression. Elle n’est pas venue pour son salut, elle est venue pour la Rédemption de ces matières qui vibrent à un taux très bas. Cela demande à l’âme plusieurs voyages, beaucoup de voyages. Elle est littéralement emprisonnée par l’ardeur des matières, elle traverse conflits, souffrances, et identifie la conscience humaine à ces matières. Un jour vient où ces unités d’énergie élémentales vibrent à l’unisson de l’âme. Elles sont sauvées et peuvent se fondre dans l’évolution de la vie.

Pendant tout ce travail de sauvetage, l’âme est devenue une « personnalité » épousant le chemin de la matière riche de beaucoup d’avantages matériels. Prenons le cas de ce que nous appelons le matérialisme, ce n’est pas autre chose qu’un contact très poussé de l’âme avec les unités élémentales les plus denses, les plus coriaces. Cela a donné la science contemporaine et explique les difficultés de s’en sortir pour découvrir autre chose.

Le travail de Rédemption accompli, l’âme peut se libérer. Mais une autre tâche l’attend. Elle doit renoncer à tous les avantages matériels acquis. Elle doit se retrouver elle-même pour apporter au monde d’autres valeurs et concrétiser ce chemin spirituel que nous avons évoqué au début de ce texte. Elle doit accomplir un autre travail de sauvetage avant de retourner à la maison du Père.

Tout dans l’histoire de l’âme est don et renonciation, elle est sacrifice par excellence. Mais attention à ce mot ! Il a conduit à tellement de mirages. Il faut le prendre dans son sens premier, celui de « rendre saint ». L’âme est sainte quand elle renonce aux acquis de la personnalité, ce qui, pour elle, est une façon d’aller vers le chemin du retour. St Paul disait : « Je meurs tous les jours ». Cette loi du Don et de la Renonciation est représentée par le symbole ci-joint : un oiseau doré (l’âme libérée retournant à la maison du Père) et la croix rose exprimant les deux chemins. Comment concrétiser cette dimension spirituelle dans notre civilisation ? Comment l’Humanité pourra-t-elle renoncer aux acquis égoïstes de sa personnalité et incarner les valeurs de son âme ? La Hiérarchie des Maîtres autour du Christ, nous dit que l’humanité est arrivée à un point d’organisation matérielle convenable, il faut que désormais, elle spiritualise cet état de chose. Cela suppose un nombre croissant d’âmes « libérées » travaillant en dehors de tout intérêt personnel. La Hiérarchie propose à ces âmes de mettre en œuvre, dans un premier temps, les points suivants : répondre aux besoins immédiats et non à des visions idéalistes, faire en sorte que les rapports de force disparaissent, éviter toute standardisation dans le type de gouvernement, admettre que les ressources de la planète n’appartiennent à personne, aller vers un désarmement régulier. Ces âmes manifesteront ainsi dans le monde l’Amour divin et le Dessein se trouvant à l’arrière-plan. Derrière ce mot d’Amour se cache toute une connaissance. Le chemin de la Matière conduit à la connaissance de la forme, celui de l’Esprit à celle qui est derrière la forme.