Vendre ou pas son âme au diable

Marie-Agnès Frémont

Ceci est un conte raconté aux enfants lors des longues veillées d’hiver, en France, dans la campagne vendéenne.

Il était une fois un jeune (on ne sait plus si c’était un jeune homme ou une jeune femme) qui s’ennuyait dans son village. Un jour, il entendit parler d’un pays merveilleux où il y avait beaucoup de choses nouvelles. Comme il avait très envie de découvrir l’inconnu, il se mit en route vers ce pays mystérieux. Sur la route, il rencontrait parfois des gens qui lui disaient : « Ce pays n’existe pas ! » et d’autres qui l’encourageaient : « Continue à avancer, un jour tu trouveras ». Il chemina longtemps. Un jour, il arriva devant un pont et il sut qu’au-delà de ce pont se trouvait le pays qu’il cherchait depuis si longtemps.

Au moment où il allait s’engager sur ce pont, un être se dressa devant lui : « Halte ! » Cet être qui lui barrait le passage avait des yeux rouges d’où sortaient des étincelles de feu, un sourire malin et deux cornes sortant de son front couvert de poils. Il comprit que c’était le diable. « Halte ! », répéta le diable, « J’ai un contrat à te proposer : tu ne sais pas ce que sera ta vie au-delà de ce pont. Mais, moi, je te promets que tu seras riche, que tu auras tous les honneurs, que tu seras aimé par qui tu voudras et admiré pour la vivacité de ton esprit. Mais pour obtenir tout cela, tu dois accepter de me donner ton âme. Quand la fin de ta vie sera venue, je viendrai la chercher. Avant d’avancer, tu dois choisir ».

L’histoire ne dit pas si l’intrépide voyageur accepta ou pas de donner son âme au diable… « Et vous, les enfants, que choisiriez-vous ? ». Pour l’enfant de sept ans que j’étais alors, c’était un profond questionnement… Ce conte pour enfants était transmis de génération en génération dans des coins reculés de la campagne où le mythe de Faust1 était inconnu. Il symbolise le questionnement fondamental de l’être qui prépare la première initiation. Va-t-il choisir les biens matériels et les honneurs personnels de ce monde ? Ou bien va-t-il ignorer ce marché de dupes puisque dans sa conscience éveillée il sait maintenant qu’il est une âme, et que cette part spirituelle en lui est inaliénable ?

1 Le mythe de Faust remonterait au XVIe siècle. Selon le mythe, Faust est déçu par la vie et avide de pouvoirs. Il décide de vendre son âme au diable. En échange il recevra tout ce qu’il réclamera durant douze années. Les douze années passées, il prend peur et tente de se repentir, mais en vain. Le diable réclame son dû.