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ARTICLES

Article de Marie-Agnès FREMONT - page 43 Revue 30 - décembre 2016Revue 30 - décembre 2016

 

 

Conflit de sens au cœur de l’humanité

Cet article développe un regard sur les conflits idéologiques concomitants au profond changement culturel dans lequel l’humanité est entrainée. A la lumière de l’énergie des rayons, nous essayons d’éclairer ces conflits de sens entre êtres humains en insistant sur le rôle joué par les éventuelles distorsions entre les aspirations individuelles et les valeurs prônées par la culture postmoderne et hypermoderne.

Cet article tente ensuite d’apporter un éclairage sur la fragilité des jeunes pris dans ce désordre au sein de l’humanité. Il invite aussi à une réflexion sur les oppositions religieuses qui sous-tendent nombre de conflits mondiaux actuels, conflits qui se propagent au sein de l’humanité avec de part et d’autre, des prises de parti exacerbées.

Dire que notre humanité souffre terriblement des conflits et de la violence est malheureusement devenu un lieu commun... Une vision utopiste nous soufflerait que si l’humanité pouvait s’accorder sur une perspective commune du sens de la vie, nous ne serions pas face à ce chaos… Mais la réalité est que l’histoire conflictuelle de l’humanité se perpétue, même si elle prend des formes nouvelles. Depuis quelques décennies, le phénomène du terrorisme aveugle connait un développement sans précédent que ce soit pour des causes nationales (Palestine, Tchétchénie), mixtes (Al Qaïda) ou plus ouvertement religieuses (attentats de 2015 à Paris). A la lutte pour le pouvoir et la possession des richesses, aux visions politiques opposées, viennent donc s’ajouter des conflits d’idéologie.

Les causes de ces conflits sont déjà largement débattues dans les médias. Nous allons ici apporter un autre regard, qui se veut complémentaire, à partir des profondes transformations cosmiques auxquelles notre planète est soumise dans son processus évolutif. C’est une fois de plus en nous aidant de l’énergie des rayons que nous allons tenter d’apporter cet autre éclairage Nous allons interroger les effets du bouleversement majeur créé par un flux contradictoire ; d’une part le retrait du Rayon 6, rayon de l’idéalisme qui a sous-tendu pendant plus de deux mille ans la civilisation et la culture patriarcale, et, d’autre part, l’arrivée du Rayon 7, rayon de l’ordre cérémoniel qui donne naissance à une civilisation nouvelle et à la culture moderne et post moderne. Cette approche nous permet aussi d’entrevoir au-delà de la vision radicale et destructrice des conflits à l’œuvre, une vision plus tempérée et structurante qui s’inscrit dans le processus évolutif de l’humanité.

Beaucoup d’articles de cette revue traitent de la quête de sens individuelle. Nous allons ici questionner l’impact de la culture et de l’idéologie collective sur le sujet singulier, impliqué bon gré mal gré dans la culture dominante, du seul fait de son appartenance à l’ensemble social.

Problématique au sein de l’humanité

La science des Rayons développée par Alice Bailey nous apporte un éclairage intéressant sur les causes possibles de la tension entre les valeurs d’un sujet individuel et celles de la culture dans laquelle il évolue. Les sept rayons sont des énergies provenant de sources cosmiques, Ils sont porteurs des qualités constructrices de toutes les formes y compris les civilisations. Ils constituent à eux tous la palette des valeurs essentielles qui construisent le monde. Ils ont une activité qui est progressive et cyclique. Certains dominent davantage à un moment qu’à un autre.

D’un point de vue collectif, du rayon particulier qui fait sentir son influence dépend la qualité de la civilisation et l’état de conscience des êtres humains car l’influence des rayons agit à travers toutes les formes de tous les règnes. Quand un rayon entre en activité constructrice dans un cycle particulier, il influence et construit civilisation et culture. Quand il en sort, les formes de vie qu’il a contribué à créer, sont dévitalisées et disparaissent progressivement.

D’un point de vue individuel, d’où proviennent les qualités et les valeurs qui donnent sens à notre vie ? Si nous entendons par sens de la vie, les valeurs qui nous inspirent et déterminent nos choix et nos orientations, alors, c’est indubitablement notre Âme qui en est la source. C’est dans nos rêves et nos idéaux les plus élevés que nous pressentons sa vibration. C’est elle aussi qui nous rend conscient de notre place et de notre contribution même infime, à l’avancée de l’humanité. C’est elle encore qui est notre trait d’union avec notre Etincelle de Vie, laquelle nous introduit au Bien du Tout. Or, toutes les Âmes vibrent sur un de ces sept rayons transmettant ainsi à la personnalité et aux différents corps les valeurs qui donnent sens à la vie de chacun. Quand un rayon devient dominant il amène avec lui beaucoup d’êtres dont l’Âme vibre sur son énergie et à l’inverse, quand ce rayon se retire, de moins en moins d’Âmes humaines sont qualifiées par son énergie.

Il nous apparait donc que, du fait de ces croisements de valeur et de cette déconstruction/construction culturelle, des tensions peuvent apparaître non seulement entre individus mais aussi pour certains entre leurs idéaux et les valeurs de la nouvelle culture. Qu’advient-il alors pour les êtres humains qui ne perçoivent plus dans le monde environnant, les valeurs qui font sens dans leur vie ? Certainement un grand désarroi… L’Âme d’un être humain peut-elle le pousser à la violence et la haine destructrice et aveugle ? Ce ne sera certainement pas l’œuvre de l’Âme, mais c’est un réflexe défensif majeur de nos personnalités ! Nous savons que tant que nous n’aurons pas atteint un état spirituel stabilisé, les qualités de l’Âme sont déformées par la personnalité qui les utilise d’une façon limitée, personnelle ou pour la domination de son groupe.

Les énergies de rayons qui prévalent à l’heure actuelle ont donc un intérêt majeur. Elles vont être déterminantes pour faire la lumière sur la tension évolutive qui génère des crises et en même temps, pousse l’humanité à élever sa conscience. Sur ce point, Alice Bailey écrit que le plus grand problème actuel découle du fait que deux rayons de grande puissance fonctionnent simultanément[1]. De telles périodes sont rares mais quand elles se présentent, elles inaugurent une crise et en même temps une grande opportunité d’évolution de conscience. Ces deux rayons sont d’une part le sixième rayon de la dévotion et de l’idéal qui a vitalisé le monde depuis plus de deux mille ans et qui s’élimine lentement tandis que d’autre part, le Rayon 7 de l’ordre cérémoniel continue son arrivée en manifestation en augmentant sa puissance et en créant une civilisation nouvelle. Le croisement de ces deux flux d’énergie est une des causes des grands bouleversements que nous sommes en train de vivre.

 


 

[Transmis par Le Maître DK à Alice Bailey en 1945]

« Il y a des années, j'ai dit que la guerre qui pourrait suivre celle-ci, se livrerait dans le domaine des religions mondiales. Une telle guerre néanmoins ne se manifestera pas par une période analogue de carnage et de sang ; on se battra principalement avec des armes mentales et dans le monde de la pensée ; cela englobera aussi le domaine de l'émotion du point de vue de l'idéalisme fanatique. Ce fanatisme inhérent (existant dans tous les groupes réactionnaires) luttera contre l'apparition de la prochaine religion mondiale et contre la diffusion de l'ésotérisme. […] Ceux qui sont sensibles aux impacts spirituels sont encore loin d'être puissants ; ce qui est nouveau se trouve toujours face à face avec la suprême difficulté qui consiste à surmonter et remplacer ce qui est ancien et établi. Le fanatisme, les positions théologiques retranchées et l'égoïsme matérialiste sont actifs et organisés dans toutes les églises, de toutes dénominations sur tous les continents. On peut s'attendre à ce qu'elles défendent leur ordre ecclésiastique établi, leurs avantages matériels et leur domination temporelle […].

Cette lutte à venir surgira au sein même des églises ; elle sera aussi précipitée par les éléments éclairés existant déjà en assez grand nombre, prenant rapidement de la force sous l'impact de la nécessité humaine. La lutte s'étendra alors aux hommes qui pensent, où qu'ils soient, et qui – dans une révolte protestataire – ont refusé l'église et la théologie traditionnelles. Ils ne sont pas irréligieux, mais ont appris par la souffrance (sans aide ecclésiastique) que les valeurs spirituelles sont les seules qui puissent sauver l'humanité, que la Hiérarchie demeure et que le Christ – en tant que symbole de paix et de Chef des Forces de Lumière – n'est pas une force négligeable, mais qu'elle évoque une réponse dans le cœur des hommes en tous lieux. La vraie religion en viendra à être interprétée en termes de volonté-de-bien et de son expression pratique, la bonne volonté. […] Quand ce cri (le cri invocatoire de l’humanité) s'élèvera, ces énergies divines se précipiteront dans le champ de la pensée et des projets humains. Les hommes se trouveront alors dotés d'une force renouvelée, et de la pénétration nécessaire qui leur permettra de chasser les forces matérialistes retranchées et la puissance des intérêts égoïstes – ligués pour empêcher la liberté humaine. »

A.A.BAILEY, Extériorisation de la Hiérarchie, pf. 406, § 453-454.

Commentaires Le Son Bleu : Soixante-dix ans après, cette citation met en lumière tous les efforts qui sont faits pour le rapprochement des Eglises et promouvoir une démarche inter-religieuse. Nous sommes aussi témoins de la lutte engagée par le Pape François pour détourner l’Eglise Catholique de sa puissance matérielle et la rapprocher des besoins des hommes et des femmes quels qu’ils soient.

 


 

 

L’influence du sixième rayon a servi à attirer le mental des hommes vers un idéal (sacrifice individuel pour sauver le monde, service). Il a nourri la vision mystique et il a largement contribué à élever la conscience humaine vers la vie intérieure et les mondes subtils. Mais dans son expression limitante motivée par des intérêts égoïstes, à cause de sa nature sélective et de sa tendance à diviser et à séparer, l'effet de l'influence du sixième rayon a été de favoriser les instincts séparatifs basés sur un idéalisme étroit, la militance excessive, le dogmatisme religieux, les barrières doctrinales, l'exclusivité dans les écoles de pensée, et le culte du patriotisme. Il a poussé au développement de l’esprit individualiste. Il a conduit à la formation de groupes, mais ce sont des groupes d’individus rassemblés autour d’un chef. Ces groupes ne travaillent pas en relation les uns avec les autres et ils sont également soumis à des dissensions internes. Nous vivons maintenant beaucoup les aspects cristallisés et durcis de ce rayon, loin de la pureté de sa source car à la fin de l’influence d’un rayon, ce sont ses côtés enfermants et rétrogrades qui perdurent.

Le rayon 7, rayon de l’ordre cérémoniel et de l’organisation, travaille avec les forces de la nature et les amène sous le contrôle de l’humanité. Son arrivée a fortement stimulé les découvertes scientifiques du vingtième siècle. Avec ses valeurs de fraternité et de coopération, il conduira à la fusion et à la synthèse. A l’inverse du Rayon 6, il nourrit l’esprit de groupe, les objectifs de groupe et l’avancée de groupe, sans que la direction émane d’un individu particulier. Mais là aussi nous pouvons tomber dans son expression limitante. Ainsi, une grande partie des découvertes scientifiques a été orientée vers des voies égoïstes nourrissant le matérialisme. Rayon de l’ordre et de l’organisation, il génère de la bureaucratie, la multiplication des protocoles et des procédures qui stérilisent le travail de cohésion sociale. Il favorise le pragmatisme et l’efficacité au détriment de la relation humaine.

Jusqu’à présent, les effets de ces deux rayons se sont contrebalancés entrainant un déchirement dans l’humanité où les représentations du sens de la vie s’opposent. C’est maintenant le Rayon 7 qui imprègne de ses qualités notre culture postmoderne et hyper moderne. Ceci implique que les choses anciennes disparaissent. Les êtres de rayon 6 en sont donc particulièrement affectés puisque le monde ne porte plus comme auparavant les valeurs et les formes qui leur sont chères. Les valeurs (dévotion, idéal, passion pour une cause, sacrifice de soi) s’amoindrissent tandis que les formes qui en résultaient tendent à disparaître car elles ne sont plus vivifiées (ex : pratiques religieuses).

Revenons sur le désarroi de l’être dont l’environnement ne reflète pas les valeurs qui font sens pour lui. Les psychologues[2] s’accordent pour reconnaître que la civilisation et la culture ont une sorte de fonction d’encadrement de la réalité psychique individuelle. En conséquence, quand un sujet ne retrouve pas dans son milieu ou dans le monde, les valeurs qui le construisent et donnent sens à sa vie, ils décrivent la survenance de positions idéologiques fondées sur le besoin de se former une certitude plus ou moins tangible et sur la haine de la complexité. Et si le non-sens s’impose, alors la violence et la haine se proposent comme armes défensives. « [La violence et la haine projetées sur l’extérieur apparaissent] chaque fois que le sentiment intense que le monde interne ou externe s’écroule, que les idéaux fléchissent et qu’il faut les renforcer, chaque fois que la crainte de l’effondrement oblige un sujet, un groupe, une famille ou une institution à éviter le deuil et la dépression. »[3]

Il nous apparait judicieux de rapprocher cette citation des évènements qui marquent dramatiquement notre actualité ; position dogmatique excluant radicalement toute pensée différente, conservatisme rigide, violence, attentats terroristes au nom d’une cause. N’est-ce pas l’expression enfermante et défensive de l’énergie du rayon 6 par ceux qui en sont porteurs et qui voient disparaître les formes que ce rayon avait contribué à créer ? A l’évidence, dans son aspect enfermant, le rayon 6 favorise la position idéologique décrite ci-avant avec ses expressions actuelles ; fanatisme, terrorisme, montée de l’intégrisme religieux, radicalisation des jeunes etc… C’est ainsi que  pour un sujet du sixième rayon, l’expression ouvrante de son énergie, c’est-à-dire la puissance de l’idéal et de l’esprit d’élévation pour le Bien de l’humanité, devient dans son aspect limitant, l’imposition violente à l’humanité de sa propre méthode d’élévation !

Mais pourquoi les jeunes sont-ils si sensibles à ces appels à la radicalisation et au fanatisme alors qu’on pourrait s’attendre au contraire à ce qu’ils mettent leur énergie dans la construction du nouveau ?

Fragilité des jeunes

Depuis une dizaine d’années, nous sommes tous interpellés par la radicalisation d’individus isolés ou de petits groupes de jeunes s’engageant dans le fondamentalisme et le djihadiste islamique. Essayons de comprendre pourquoi les jeunes sont si sensibles à cette propagande fanatique. Certes, il y a vraisemblablement une confluence de causes diverses. Toutefois, la particularité du développement psychique de l’adolescent qui est en train de construire son identité et de chercher sa place dans le monde nous semble déterminante.

Tout d’abord, la profonde mutation de l’adolescence fragilise la structure psychique du jeune ; d’un côté, sa pensée reçoit une impulsion à s’individualiser, de l’autre son corps physique est profondément transformé par la puberté, et sous l’effet de cette double poussée, faisant interface entre ces deux niveaux, son corps émotionnel est en effervescence. La conscience de l’adolescent est donc dominée par son corps émotionnel qui est par nature en affinité avec le rayon 6, le rayon de l’idéalisme de la foi et de la dévotion. Et l’adolescent a besoin de cet idéal car son impulsion nouvelle à s’affirmer le met devant la nécessité de quitter la sécurité familiale de l’enfance pour se lancer dans le monde et dans sa vie d’adulte. A défaut de l’idéal et de la passion qui lui donnent force et direction à suivre, c’est la dépression qui le guette, c’est pourquoi, il peut osciller brutalement entre certitude et doute, entre passion et absence de désir.

L’adolescent se trouve aussi sommé de découvrir par lui-même son identité psychique. L’identité provisoire acquise pendant son enfance est maintenant en train de se déstructurer. Auparavant, il s’identifiait à ses parents pris pour modèles, mais il se sent maintenant obligé pour grandir, de quitter ces références parentales pour construire les siennes propres, alors qu’il n’a pas encore la maturité suffisante pour le faire. Son état est celui de l’extrême fragilité de la chrysalide, déstructuré, ni chenille, ni papillon. Alors, dans son incertitude intérieure, il ressent d’abord l’obligation de contester les valeurs parentales à défaut de réussir à trouver les siennes propre.

Pour se prémunir de sa fragilité, le groupe est alors important. En petits cercles de copains et copines, les ados se sécurisent et se soutiennent mutuellement. Le groupe assure alors une fonction métapsychique transitoire pour l’ensemble avec une pensée commune, des comportements communs, des codes vestimentaires etc. De même, dans sa quête identitaire, le jeune a besoin de s’appuyer sur le regard de l’autre pour exister. Ce regard se substitue à sa vulnérabilité psychique et lui permet d’affirmer sa réalité, son identité, à travers les réactions qu’il suscite chez l’autre.

Dans ces conditions spécifiques à l’adolescence, nous comprenons mieux pourquoi ils sont sensibles à la propagande fanatique.

« La position idéologique se fonde sur le besoin de certitude, sur la violence d’une cause qu’elle légitime et sur la haine de la complexité »

René Kaës

Alors qu’ils ont besoin d’un idéal pour leur donner la force et l’envie d’avancer dans la vie, il leur est proposé une grande aventure, un grand dessein à suivre pour une grande cause. Faisant preuve d’une sorte d’altruisme extrême, vis-à-vis de leur communauté, ils sont convaincus d’être des sauveurs.

Alors que dans leur quête d’identité, ils peuvent perdre confiance en eux, être assaillis par le doute, la propagande fanatique leur promet d’être des héros glorifiés. Alors qu’ils sont en quête de nouvelles identifications, elle leur désigne des chefs de guerre modèles affirmant inconditionnellement des valeurs éthiques transcendantes. Alors que pour affirmer leur identité, ils ressentent le besoin de transgresser les règles établies pour se convaincre d’être devenus adultes, le fanatisme leur propose la transgression maximale, excluant tout ce qui n’est pas conforme à son dogme. De surcroît, même si la radicalisation touche tous les milieux, la quête d’identité touche particulièrement les jeunes issus de l’immigration. Dans les faits rapportés par les médias français, nous sommes frappés par le nombre de jeunes radicalisés dont les parents ou les grands parents étaient immigrés. Ces jeunes nés en France sont français mais pas toujours reconnus comme tels par l’opinion publique pour qui ils sont encore étrangers, et en même temps, s’ils retournent dans la patrie de leurs parents, là aussi ils sont maintenant des étrangers… Ils sont ni…, ni…, comment trouver leur place ? Là encore, le radicalisme leur propose une voie toute tracée, avec une reconnaissance sociale indiscutable, une place de héros…

Alors qu’ils sont sommés de trouver une place dans un monde en crise économique qui ne leur en fait pas beaucoup, monde encore très matérialiste et qui résonne peu avec leurs jeunes pensées et leur besoin d’idéal, la propagande leur propose de servir et sauver le monde, de se dévouer corps et Âme pour la cause. L’engagement dans l’action (préparation d’un attentat ou départ vers un théâtre de guerre), est vu comme une épreuve à réussir, une sorte d’initiation, une responsabilité qui leur est confiée et qui valide définitivement la reconnaissance de leur importance.

L’idéologie fanatique répond aussi à leur besoin du groupe. Une fois entré dans le collectif, le jeune est pris dans la dynamique de groupe, sous le regard des autres avec obligation de loyauté. Alors que l’adolescent est souvent pris par le doute, la difficulté à penser un futur, tiraillé par ses contradictions et  son ambivalence, l’idéologie commune radicale le soulage en le soutenant par des paroles de certitude qui excluent toute nécessité de pensée individuelle.

En conclusion, la quête d’identité, le besoin d’un idéal qui pousse à s’élever, le besoin d’être reconnus comme capables d’assumer des responsabilités et de contribuer en donnant le meilleur de soi pour la construction d’un monde meilleur caractérisent l’adolescence. C’est ce terrain fertile qui est désastreusement exploité par l’idéologie fanatique...

Et qu’en est-il de la dimension religieuse de cette idéologie qui impressionne jeunes et aussi adultes ?

La dimension religieuse du conflit de sens

Aujourd’hui, la montée de l’intégrisme religieux, la radicalisation, l’impact politique des luttes au sein même des communautés religieuses comme le clivage qui oppose chiites et sunnites au sein même de l’islam, les attentats terroristes au nom d’une revendication politico-religieuse comme Daesh, les attaques contre les minorités religieuses, autant d’évènements qui font craindre une mondialisation des conflits religieux. Alors que nous espérions que le spectre des guerres de religion était relégué dans le passé de l’histoire de l’humanité, ces faits tendent à opposer entre elles les différentes religions (Islam, Chrétiens, juifs etc…). Certes, ces conflits ont d’abord une source politique, mais les allégations religieuses qui les accompagnent en font des forces séparatrices puissantes qui pénètrent profondément au cœur de l’humanité. En effet, elles trouvent écho dans une partie de l’humanité déroutée et apeurée car devant les mutations qui bousculent les certitudes d’une société et menacent ses croyances, les valeurs et les idéaux religieux constituent pour certains la permanence qui maintient le sens de leur vie. C’est aussi le risque d’une radicalisation dans le fondamentalisme.

En 1945, alors que la guerre mondiale était en train de se terminer, le Maître DK évoquait le risque d’une nouvelle guerre se livrant dans le domaine des religions mondiales, guerre dans laquelle les armes seraient principalement mentales et dans le monde de la pensée (voir encart 1). Cette guerre, disait-il, risquait d’être provoquée par le fanatisme de groupes réactionnaires et par la lutte contre la spiritualité et contre l’émergence d’une nouvelle religion mondiale. Sommes-nous en train de vivre les prémisses d’un conflit de cette sorte ? Quoi qu’il en soit, comment œuvrer pour le dévitaliser?

Là encore, le chassé-croisé des rayons 6 et 7 nous apporte un éclairage sur cette problématique religieuse. Le sixième rayon a engendré les grandes religions idéalistes avec leur vision nécessairement étroite, car cette limitation avec la notion formelle de Bien et de Mal était destinée à guider les consciences encore enfantines. Le septième rayon préparera la voie à la nouvelle religion mondiale, en introduisant la compréhension scientifique du dessein divin, la mise en œuvre de la bonne volonté et du pouvoir de la lumière. Cette nouvelle religion mondiale n’instaurera en aucune façon la suprématie d’une religion sur les autres. Elle respectera toutes les approches actuelles. Elle sera une œuvre de synthèse et d’amour, fondée sur des vérités et des valeurs universellement reconnues et acceptées par tous, soulignant l’unité et la fraternité de l’esprit.

Aujourd’hui la montée des idéologies religieuses dogmatiques et séparatrices fait poindre la crainte d’une sorte d’épidémie de radicalisme religieux vitalisée par les aspects enfermants du rayon 6 très actif dans le domaine de la foi et de la religion. Heureusement, de plus en plus de voix s’élèvent pour protester contre les accusations et les généralisations qui attribuent la responsabilité d’un acte isolé à l’ensemble d’une communauté religieuse. Aujourd’hui, beaucoup d’hommes et de femmes sont à la recherche de la vérité et de la libération spirituelle. Des hommes d’église et des penseurs religieux éclairés cherchent à mettre fin aux conflits très anciens qui existent entre les approches différentes, recherchant la vérité vivante derrière les formes extérieures. La fraternité inter-religions est affirmée par des fidèles quelle que soit leur appartenance religieuse. Réjouissons-nous de toutes ces déclarations de fraternité qui affaiblissent les forces séparatrices dont les armes sont la peur et le rejet de la différence. A notre niveau, que nous ayons un esprit religieux ou que nous soyons athées, il nous appartient de soutenir en Amour et en parole toutes les initiatives qui vont dans ce sens et aussi peut-être d’en promouvoir afin de tisser des ponts au-dessus des dangereuses fractures qui affectent le monde religieux et par là, l’humanité tout entière.

Quelques clés pour avancer ensemble…

Autant en ce qui concerne la problématique de la radicalisation des jeunes que celle des forces séparatrices entre religions, le développement du pouvoir de la pensée nous donne les outils appropriés : Discernement, compréhension aimante et intelligence du cœur. Cette élévation de la conscience de l’émotionnel vers le mental est également l’enjeu évolutif porté par le retrait du rayon 6 et la manifestation de plus en plus forte du rayon 7. Le rayon 6 a stimulé particulièrement le corps émotionnel et a nourri le feu de l’idéalisme. Maintenant, le rayon 7 stimule le mental ; c’est un grand rayon constructeur dans la pensée.

Aider les jeunes à se protéger de la radicalisation…

Alors que la position idéologique entraîne à ne pas penser, au contraire la stimulation de la pensée apparait comme un moyen de prévention et de dé-radicalisation. En ce sens, le sociologue Gérald Bronner[4] préconise de favoriser la prise de conscience individuelle. Il veut faire appel au sens critique des jeunes pour dépouiller l’esprit des couches successives d’illusions. C’est aussi ce que propose le Comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD)

Par ailleurs, nous avons vu que l’adolescent a un idéal puissant qui le pousse à s’élever. Pour aller dans le sens de cet idéal, il a besoin d’être reconnu dans sa capacité à assumer des responsabilités à sa hauteur. Il a besoin de donner le meilleur de lui-même pour la construction d’un monde meilleur. Que pouvons-nous mettre en œuvre pour lui donner cette place ? Par exemple, les jeunes ont une grande sensibilité à la qualité de l’environnement, à la protection de la nature et des animaux, à la mise en place de systèmes coopératifs ; ce sont là autant d’expression des valeurs du Rayon 7.

Dépasser les conflits religieux

Dans le passé, la religion était de nature purement émotive alors que la nouvelle religion mondiale sera le mode d’approche d’une humanité mentalement polarisée. C’est le développement du pouvoir de la pensée qui permettra le développement de la faculté de discernement et permettra à l’humanité d’accéder à un meilleur sens des valeurs. Ce choix à faire entre ce qui est limitant et égoïste et ce qui va dans le sens des justes relations permettra de poser les fondations d’une civilisation nouvelle dans laquelle le bien du tout deviendra la note dominante du sens de la vie et permettra l’introduction d’une religion d’amour et de fraternité[5].

Conclusion

Le dépassement des conflits idéologiques qui agitent l’humanité est donc un enjeu important du processus évolutif à l’œuvre. Face à la terreur qui désintègre les psychés et les liens, notre tâche est de continuer à inventer les lieux où l’idéologie peut être pensée. Comment rendre créatrices ces confrontations d’idées qui ne peuvent aboutir si elles ne sont que l’occasion d’asséner des certitudes contradictoires ?

Nous avons largement exposé que le rayon 6, rayon de l’idéalisme, retire son énergie. Pensons-nous à le remercier du service rendu pendant plus de deux mille ans et notamment de l’élévation de la conscience de l’humanité vers des valeurs supérieures ? De surcroît, même si son énergie n’est plus au premier plan pour imprégner la culture, elle demeure néanmoins présente sur un plan secondaire. L’humanité a toujours besoin de savoir évoquer le désir pour la matérialisation d’un idéal. Le Maître DK explique que les êtres de rayon 6 doivent apprendre à « accueillir avec plaisir toutes les vérités, si elles sont les agents de révélation pour d’autres esprits ». Ils ont un rôle important à jouer car leur travail est « en évitant les écueils du fanatisme […] de former les penseurs du monde à désirer si ardemment le bon, le vrai et le beau »[6] que l’idée pourra se matérialiser. Et il ajoute qu’ « il est heureux qu’il y ait de nombreux aspirants et disciples disponibles aujourd’hui sur ce rayon ».

Alors, pouvons-nous apprendre à écouter l’autre et à supporter l’inconfort du doute ? Aucun discours ne peut prétendre s’inscrire dans le marbre d’une vérité intangible. Pour chacun de nous et pour l’humanité, le sens de la vie est l’objet d’une quête permanente, humble et respectueuse de la façon dont l’autre va le définir.

 

 



[1] A.A.Bailey, Traité sur les 7 Rayons, I, pf. 350, § 358.

[2] Kaës René, « De l’utilité de l’analyse groupale dans la réflexion sur les idéologies », Le Journal des Psychologues, sept. 2016, N°430.

[3] Kaës René, « De l’utilité de l’analyse groupale dans la réflexion sur les idéologies », Le Journal des Psychologues, sept. 2016, N°430.

[4] Bronner Gérald, La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, PUF, 2016.

[5] A.A.Bailey, Traité sur les 7 Rayons, I, pf. 281, § 281.

[6] A.A.Bailey, Traité sur les 7 Rayons, II, § 138-146.